La Chasse au Bruant Jaune


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Vous n’êtes pas sans savoir que le domaine de Macheren doit faire face à de nombreux désordres, notamment du fait de la présence d’une faune issue des mondes occultes. Souvenez vous des équibulterriers qui ont semé la panique parmi les habitants montagnards perchés dans les Hauts de Macheren.

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Laissez-moi vous conter aujourd’hui notre chasse à l’animal mythique, Le BRUANT JAUNE, mi oie mi zeau, une espèce diabolique à deux becs, qui dévore les nouveaux nez (disons, pour être honnête, qu’il picore le nez des nouveaux arrivants à Macheren, mais ça fait trés mal). Le bec côté tête siffle en clé de sol, le bec coté cul siffle en clé de fa. Le chant diatonique de l’animal est envoûtant, et plus d’un nez a été picoré alors que son propriétaire était sous le charme de la mélodie.

 

Jugez-en donc par vous-mêmes…  Attachez-vous solidement à un arbre, protégez-vous le nez et écoutez le chant à deux clés du Bruant Jaune. Notons que Beethoven a composé la  symphonie n.º 5 en Do mineur sous l’emprise de cette mélodie… Et avec le nez complètement picoré (ce qui l’a rendu sourd).

 

Courage, écoutez :

 

Mais, revenons-en à notre chasse au Bruant.

 

 

La chasse fantastique, et malheureuse, au Bruant Jaune

 

 

J‘appartiens à la compagnie des chevaliers de la Croix de Malt de Macheren. Nous avions pris nos quartiers à l’hostellerie SCHECK. La compagnie est composée de preux combattants (les pure Malt) et de nobles Dames (les single Malt). En ce jour de fin avril de l’an 2016, deux sieurs de GECNAL de la contrée du WARNDT dans les marches du Nord, sont venus nous demander assistance dans leur chasse au Bruant Jaune, une bête maléfique à l’origine de tant de dégâts sur les nez des habitants de la contrée.

Nous nous équipâmes sur le champ, et notre colonne se mit en marche, à l’aube, menée par les deux sieurs De GECNAL.

 

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Après deux jours de marche, le propriétaire des terres que nous traversions, le chevalier Blanc, vint à notre rencontre. Il nous rejoignit dans son carrosse tiré par 180 coursiers diesel. Nous fîmes halte et le saluâmes chaleureusement. Sans plus de cérémonie il nous proposa du SCHNAPS, une boisson médicale aux mille vertus, notamment celle d’affuter nos sens de chasseurs. Il nous expliqua avoir entendu le chant du Bruant à quelques jours de marche dans le bois magique de la Hexe, situé sur les terres du Seigneur de Hombourg.

 

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Nous primes congés du brave homme et nous préparèrent à rejoindre le bois de la Hexe en six jours, par étape quotidienne de huit lieues. Notre colonne s’ébranla, déterminée à en découdre avec le diabolique animal. Notre train était fort soutenu, mais notre humeur maussade : le temps n’était pas de la partie, la nature était hostile et chaque pas était une épreuve que nous surmontions avec détermination.

Le ciel bouché rendait impossible une orientation par les étoiles. Nous nous égarâmes à maintes reprises, pénétrâmes dans des marais infranchissables et faillîmes renoncer.

 

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C’est alors que les mages de la compagnie décidèrent de faire appel à des sciences tombées dans l’oubli depuis des millénaires. Ils cueillirent une plante divinatoire, l’Ail Faune qu’ils durent faire macérer pendant deux jours dans du jus de bouleau. La décoction était ensuite consommée tout en psalmodiant des imprécations oubliées dans la nuit des temps : TADURÉSO …  JÉHUNFORFÉ3G … JÉTROISBARRES.  Ils eurent progressivement la vision de la contrée et, en poussant des coups de gueule mappe, eurent connaissance de l’itinéraire à prendre pour rejoindre le bois de la Hexe.

Déjà 8 jours de marche, la compagnie était silencieuse, mais nous percevions, comme palpable, notre confiance qui reprenait force et vigueur.

 

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Malheureusement, notre chance tourna rapidement, et la nature perverse nous joua un tour pendable : l’un des sieurs GECNAL s’écroula par terre, tordu dans des spasmes terribles, avec des éclats de rire invraisemblables.

Nous parvînmes à le maitriser et à le ramener progressivement à la raison. Il nous conta alors, qu’à la suite d’un moment d’inattention, il lui prit de cueillir cette magnifique Orchidée sauvage … Malheureux !  Il s’agissait de l’Orchidée Bouffone, une plante attirante dont la simple inspiration de son parfum capiteux défait l’imprudent renifleur qui s’écroule, mort de rire. 

 

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Au seizième jour, nous n’avions quasiment plus rien à manger, et notre nourriture était principalement constituée de glands, de diverses tubereuses et de racines sauvages. Nos gourdes étaient vides et nous fûmes contraints de boire l’eau boueuse des flaques stagnantes. Les premières attaques de dysenterie ne se firent pas attendre et le chevalier de Matz en fût la première victime. Il disposait heureusement d’une médication salvatrice le DIPLOMATICO.

 

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Vingt-troisième jour. Nous parvînmes, fourbus et malades, à notre gite d’étape tant attendu : L’hostellerie du Plaisir Défendu tenue par un allemand, Herr MAN. L’endroit était accueillant et nous pûmes enfin  nous restaurer, nous soigner et dormir de tout notre soûl.

Nous séjournâmes  dix-sept jours à l’hostellerie.

 

 

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Quarantième jour. C’est une compagnie solide et reconstituée qui prît congé du sieur Man. Les chevaliers avaient retrouvé leur vaillance et les nobles Dames fleuraient bon la marjolaine et le savon. 

 

 

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La compagnie avançait à grands pas, toujours efficacement guidée par les mages sous l’emprise de la décoction d’Ail Faune. La pluie avait cessé, et les odeurs prégnantes des floraisons environnantes nous stimulaient.

 

 

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Quarante huitième jour.  Halte !  S’écria notre capitaine. La troupe entoura l’officier… Sentez ! Nous ordonna-t-il.
En effet, des effluves soufrées se mélangeaient à celles des pollens et des fleurs des champs … Nous arrivions au bois de la Hexe !

 

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La nature changea brusquement d’aspect pour nous faire comprendre que nous n’étions pas les bienvenus. L’odeur soufrée était de plus en plus intense et nos esprits de plus en plus ébranlés. Voyez donc le chevalier Le Glaude qui marchait sous la pluie en tenant un parapluie fermé.

 

 

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Voyez Dame MANU incapable d’articuler et qui devait communiquer par geste avec le sieur de GECNAL, qui gentiment lui répondait de la même façon.

 

 

 

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Ou encore Dame  HI REINE qui  riait toute seule en voyant des araignées grosses comme mon poing avancer vers elle.

 

 

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Puis soudain, la symphonie de Beethoven se fit entendre … Le chant envoutant du Bruant Jaune s’éleva dans les airs chargés de soufre. Le sieur de GECNAL parvint à localiser la futée qui abritait l’auteur de ce chant sublime et  maléfique.

 

 

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La compagnie fut saisie d’une incoercible explosion de joie.  Enfin nous allons pouvoir en découdre avec le Bruant Jaune ! Nous nous équipâmes de bouchons d’oreille bénis qui devront nous protéger de l’envoutement funeste du chant et pénétrâmes dans la futée magique.

 

 

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La nature était ensorcelée, de nombreux arbres gisaient à terre comme si la futée avait été le théâtre d’un combat titanesque entre des êtres démoniaques surgis des profondeurs de la terre.

 

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Le sieur de GECNAL, muni de son détecteur de Bruant Jaune parvint à localiser l’origine du chant.

 

 

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Il s’agissait d’un arbre gigantesque et noueux, torturé par les temps, par les gorgonnes et autres monstres des enfers.

 

 

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Ventre saint gris ! Le chant ne provenait pas des frondaisons mais bien du pied de l’arbre. Le sieur de GECNAL fût le premier à découvrir le chanteur démoniaque et … la supercherie !

 

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Les chevaliers le découvrirent également, dépités. Car il s’agissait en fait d’un funeste et génial coup monté … Signé le Bruant Jaune évidemment.

 

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Point de Bruant Jaune, mais une simple Morille Perroquet ! Il s’agit d’un champignon magique qui, instruit par le Bruant Jaune parvenait à imiter parfaitement son chant dès que le vent soufré agitait ses alvéoles.

Les chevaliers, bernés par le Bruant, meurtris dans leur fierté la plus profonde, se rendent compte que jamais, Ô grand jamais ils ne pourront engager le combat contre l’animal.

 

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Cinquante sixième jour. La compagnie fit demi tour. Les chevaliers comme leurs Dames étaient malheureux et honteux. Le comte Von Helfenstein ne parvenait pas à cacher son désarroi ni son incommensurable tristesse. S’il-vous-plaît Monseigneur, consolez-vous en vous disant que le Marquis De VAUCELLE a courageusement décapité la morille magique avec l’intention de la consommer avec une omelette d’oeufs de Pipit des arbres.

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Quatre ving seizième jour !

Retour au domaine de Macheren, où les attendaient la Justice. En effet, une telle erreur ne peut pas être exonérée d’un jugement et d’une punition. Il a pourtant été tenu compte de l’abnégation et du courage qu’il a fallu mobiliser pour pouvoir atteindre le bois de la Hexe. La sentence est tombée : les officiers de la compagnie devront quitter Macheren et supporter un exil de trois journées pleines sur le ban de Petit EBERSVILLER.

 

Epilogue

Nous avons eu de bonnes nouvelles concernant le rétablissement du Marquis De VAUCELLE. En effet, après avoir consommé de la Morille Magique, le marquis, dès que le vent se levait, émettait la symphonie n°5 par les divers orifices dont était pourvu son corps.

 

 

Trêve de balivernes 

Merci aux deux naturalistes du GECNAL WARNDT d’avoir passé une matinée complète à nous présenter une nature que nous voyons tous les jours et que nous connaissons si peu. Ils ont été des professeurs passionnés et déterminés à nous faire aimer une nature délicate qui a de plus en plus besoin que nous lui fichions la paix.

 

 

 

 

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